Prise de tête entre les lièvres

© Photo R.A.N.
Œuf décoré de la triquètre de lièvres aux oreilles mêlées. Coll. Burkel.
© Photo R.A.N. Œuf décoré de la triquètre de lièvres aux oreilles mêlées. Coll. Burkel.
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Il n’arrête pas ! Le cousin sauvage du lapin, loin des grilles du clapier, se livre sur ses terres à une danse frénétique pour célébrer la saison des amours.

Symbole de fécondité mais aussi de luxure et de débauche, le lièvre a beaucoup fait parler de lui au cours des âges. Il figure même parmi les animaux impurs de l’Ancien Testament. En Alsace, il est largement représenté sur les poteries de Soufflenheim ou les moules à springerle que l’on peut découvrir au musée de la Petite-Pierre.

Symbole lunaire car vivant la nuit, il accompagne Artémis la chasseresse ou Aphrodite, déesse de l’amour. Il est aussi associé au dieu païen du Soleil levant Ostara.

Barge, barré, déjanté, le lièvre court dans tous les sens comme pour libérer dans la nature toute l’énergie accumulée au cours de la saison froide. La rencontre du lièvre, cet hyperactif loufoque, est un moment peu banal. Expérience relatée par le romancier britannique Lewis Carroll dans son Alice au pays des merveilles. Cette dernière, nous rapporte-t-il, tombe nez-à-nez avec le Lièvre de mars, agitant sa montre à gousset et s’écriant : « Je suis en retard ! Je suis en retard ! ». D’ailleurs, les voisins anglais ne disent-ils pas « Fou comme un lièvre de mars ? ».

Le lièvre, imprévu, bizarre, paradoxal, a inspiré de grands artistes, Albrecht Dürer le premier, qui peignit un lièvre fameux à l’aquarelle et à la gouache en l’an 1502 de notre ère.

Une spirale sans fin

La trinité des lièvres visible en clé de voûte dans l’abbatiale de Wissembourg. © Photo Paroisse Catholique Sts Pierre & Paul de Wissembourg

La trinité des lièvres visible en clé de voûte dans l’abbatiale de Wissembourg.
© Photo Paroisse Catholique Sts Pierre & Paul de Wissembourg

Le lièvre impressionne par sa capacité de reproduction car la femelle, la hase, possède deux matrices lui permettant de créer en « superfétation » : elle peut générer une nouvelle grossesse dans un utérus contenant déjà une grossesse en développement.

Quand le lièvre s’accouple, on dit qu’il « bouquine ». Un animal fort studieux !

Le lièvre enfin se multiplie tant et si bien qu’on finit par le voir non plus en double mais en triple. Pour preuve, cette représentation fascinante dite « triquètre » (à trois angles) où trois congénères se font la course dans une spirale sans fin, tandis que leurs oreilles se confondent si bien qu’on ne sait plus quelle oreille appartient à quel lièvre coureur. Un symbole universel que l’on rapproche de la trinité chrétienne ou encore de la spirale céleste symbolisant la course du temps (passé, présent, avenir).

call-to-action-manifs-pL’art populaire a repris ce ravissant motif partout en Europe et on peut admirer la prouesse plastique dans des lieux patrimoniaux prestigieux comme l’abbatiale de Wissembourg ou l’église paroissiale d’Ingwiller.
Le lièvre alsacien est à Pâques ce qu’est Saint Nicolas à Noël : THE big boss !
Découvrez l’Alsace Tendances de Pâques de l’année dernière en ligne en cliquant ici.