Alsaciennes

© Photo D.R. 
Portrait de Gustave Doré par le photographe Nadar
© Photo D.R. Portrait de Gustave Doré par le photographe Nadar
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Un monstre sacré des arts plastiques puis l'un des plus fameux portraitistes du début du 20e siècle peignent chacun, à un an d’intervalle, une représentation allégorique d’une Alsace mutilée d’elle-même au lendemain de la victoire prussienne.

L’une souffre, l’autre attend

Un monstre sacré des arts plastiques puis l’un des plus fameux portraitistes du début du 20e siècle peignent chacun, à un an d’intervalle, une représentation allégorique d’une Alsace mutilée d’elle-même au lendemain de la victoire prussienne.

Paul Gustave Louis Christophe Doré, né en 1832 à Strasbourg, se fait connaître dès ses jeunes années comme un caricaturiste de grand talent. Une figure culte de la bande dessinée avant la lettre. Puis vient une période de représentations religieuses et la production de centaines de gravures illustrant des chefs-d’œuvre de la littérature universelle produits par de grands noms comme Dante ou Rabelais.
Certaines de ses œuvres monumentales font parler de lui, ainsi son Christ quittant le prétoire accroché dans une salle haute du Musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, spécialement étudiée pour recevoir l’huile sur toile de 6 sur 9 mètres.
Le peintre génial à l’œuvre polymorphe, devenu célèbre dans toute l’Europe, reste néanmoins profondément attaché à son Alsace natale. Aussi, celui qui a grandi dans une Alsace française connaîtra une déchirure intérieure à l’annonce de son annexion par l’Allemagne en 1871. De ce choc affectif naîtra L’Alsace meurtrie, une toile réalisée en 1872, exposée dans la grande salle d’accueil du Conseil général du Haut-Rhin à Colmar.

Pour en savoir plus sur les oeuvres de Gustave Doré exposées au MAMCS

Coordonnées

Tél. : 03 88 52 50 00

Mère douloureuse

© Photo R.A.N. L’Alsace meurtrie, par Gustave Doré, 1872. Huile sur toile. (Photo reproduite avec l’aimable autorisation du Conseil général du Haut-Rhin).

© Photo R.A.N.
L’Alsace meurtrie, par Gustave Doré, 1872. Huile sur toile.

L’Alsace meurtrie nous montre une belle Alsacienne en habit traditionnel tenant embrassé, serré contre elle, un drapeau français plié, symbole de la reddition. Son regard abattu exprime la douleur et semble rêver d’une Alsace lointaine, comme devenue soudainement étrangère.

(Photo reproduite avec l’aimable autorisation du Conseil général du Haut-Rhin).


Un regard suspendu

© Photo R.A.N. L’Alsace. Elle attend, 1871. Peint pour être offert à Léon Gambetta. Huile sur toile

© Photo R.A.N.
L’Alsace. Elle attend, 1871. Peint pour être offert à Léon Gambetta. Huile sur toile

Jean-Jacques Henner, l’autre grand peintre alsacien, né en 1829 à Bernwiller, connaît un parcours exemplaire qui fera de lui un artiste officiel incontournable sous le Second Empire. Créateur à succès, prix de Rome en 1858, portraitiste fort recherché, il se voit décerner en 1903 le plus haut grade de la Légion d’Honneur. Après avoir connu une étape naturaliste, il se tourne vers des sujets de l’Antiquité idéalisée. Quant à son Alsace natale, elle pourra se visiter à travers un musée qui lui est dédié dans le 17e arrondissement parisien. On y découvre notamment des portraits de ses proches, un autoportrait de l’artiste au premier étage et cette œuvre emblématique de la défaite de 1871 intitulée « L’Alsace, Elle attend ».

Un regard, un destin

Peint en 1871, le portrait de l’Alsacienne toute de noir vêtue traduit une exacerbation du sentiment patriotique au lendemain de la défaite française. L’Alsace, Elle attend est une allégorie de la tragédie qui frappe cette région placée désormais sous la souveraineté de Guillaume Ier.
Endeuillée, la jeune Alsacienne conserve néanmoins une posture digne, les mains croisées, le regard perdu tout au loin comme dans l’attente d’une embellie qui refuse de venir. La cocarde tricolore piquée dans le nœud sombre de la coiffe vient comme un symbole discret rappeler l’attachement à la mère patrie.
La toile, exposée à la place d’honneur dans le grand atelier du premier étage, fut offerte à Léon Gambetta, farouche opposant à l’abandon de l’Alsace-Lorraine au nouvel empire allemand. Un hommage également de l’artiste prodige, issu d’une famille de cultivateurs, à des attaches terriennes jamais reniées.

Le Musée Henner sera ouvert à partir du 1er juin 2015.

Coordonnées

Tél. : 01 47 63 42 73

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